Gainsbarre en sucette

Du jazz de la période bleue aux albums-concepts iconiques, en passant par les rythmes caribéens et les studios londoniens, Exeko s’empare du répertoire de Serge Gainsbourg pour le retourner comme un gant.

Car derrière le personnage subversif, sa plume et son génie musical, se cache aussi une œuvre traversée par la domination masculine, la fascination pour les très jeunes femmes, et une violence souvent maquillée sous les atours de la provocation ou de l’humour. Ce qui fut célébré comme de l’audace apparaît aujourd’hui sous un jour plus trouble.

On nous a parfois appris qu’on pouvait tout pardonner au génie.

Même les mineures. Même les femmes transformées en poupées que l’on brise sous le coup de la passion. C’était de la provocation. De l’art. De la poésie. Circulez.

Les six voix, débarrassées du personnage Gainsbourg, déplacent le centre de gravité du répertoire vers les chansons elles-mêmes, irrésistibles, sophistiquées, mais qui laissent apparaître ce qu’elles contiennent de sublime et d’inacceptable, parfois dans le même vers, parfois dans le même souffle.

Ni hommage, ni procès, ce spectacle est une réappropriation. Une invitation à écouter autrement, à résister à la nostalgie et à accepter qu’un chef-d’œuvre puisse aussi être le symptôme d’une époque que nous ne voulons plus célébrer sans la questionner.

Exeko chante Gainsbourg avec sensibilité, virtuosité, et surtout une liberté qu’il pratiquait lui-même : l’irrévérence.

Avec l’apport en coproduction de